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Bienvenue sur le blog de l'association Kerk Hof, mémoire de pierre. Cette jeune association bailleuloise vous invite à découvrir ce patrimoine oublié que constitue le cimetière de la ville, véritable musée à ciel ouvert et bibliothèque de la vie.


Qui suis-je ? 10

Publié par Arnaud Schoonheere sur 8 Octobre 2017, 14:32pm

Catégories : #Qui suis-je

Voici le dixième article de notre série "Qui suis-je?" dédié à l'artiste Julien Deturck. 

  • Julien Deturck (1862-1941) : un graveur bailleulois de renom

Né le 23 février 1862, Jules-Alphonse Deturck dit Julien Deturck est un graveur bailleulois. L'artiste provient d'un milieu modeste puisque sa mère Sophie Valquenaere est mentionnée dans les actes d'état-civil en qualité de dentellière et que son père, Matthieu Deturck, exerçait le métier tisserand à Bailleul.

Si Julien Deturck manifeste dès son plus jeune âge un goût prononcé pour les beaux-arts, son talent ne sera révélé que tardivement. En effet, ce jeune bailleulois est issu d'une fratrie de sept enfants dont l’aîné, prénommé Henri, s'est également révélé très doué dans l'art du dessin. Les parents des deux futurs artistes décident alors d'envoyer Henri à l'Ecole des beaux-arts de Lille. Là, malgré la bourse de cinq cents francs que le jeune homme perçoit de la ville de Bailleul, sa famille continue de lui envoyer de l'argent pour subvenir à ses besoins matériels, astreignant ses frères et sœurs au confort le plus modeste. 
Ce contexte difficile empêche Julien Deturck, âgé de quatorze ans, d'assouvir son rêve d'artiste. Le jeune homme exerce alors - bon gré mal gré - le métier d'employé de banque dans sa commune natale. Néanmoins, commence-t-il sa formation de graveur en s'inscrivant auprès de l'Académie de dessin de Bailleul où il suit les cours du soir dispensés par le directeur de l'institution : Edouard Swynghedauw. 

Précisons que la carrière de Julien Deturck nous est connue par l'ouvrage d'Emile Langlande, sobrement intitulé Artistes de mon temps (1933). Il est intéressant de noter que la figure de Julien Deturck est longuement décrite au fil des pages, à l'instar d'autres artistes contemporains tels qu'Albert Carrier-Belleuse ou Henri Le Sidaner. En plus de cette proximité flatteuse aux côtés de peintres et sculpteurs illustres du XIXe siècle, l'auteur brosse un portrait élogieux de l'artiste : "Le Nord possède un certain nombre de graveurs d’un réel talent, au premier rang desquels nous placerons Julien Deturck. " p.101

Quiconque, à la lecture de cette sentence, comprend l'importance et la renommée que possède l'artiste au début du XXe siècle. Mais pour l'heure, intéressons-nous à la formation artistique de Julien Deturck. 
Parvenu à suivre les cours de l’Académie de dessin, le jeune homme se révèle si talentueux qu'au bout de trois ans, en 1880, il obtint le Prix d'honneur. Fort de cette récompense, sa famille décide de l'envoyer poursuivre ses études à Lille. Là, Julien Deturck reçoit l'enseignement du peintre Alphonse Colas, portraitiste fort réputé en son temps.
La même année, il monte à Paris dans le but d'y passer le concours du premier degré pour l'enseignement du dessin. Ce concours se tenait au sein de la prestigieuse Ecole des beaux-arts. Emile Langlande rappelle l'anecdote - somme toute édulcorée - de son arrivée dans la cour de l'établissement : "Quand il arriva [...], il se trouva au milieu d'une pléiade de candidats, tous plus ou moins chevronnés, parmi lesquels il se trouvait perdu avec deux ou trois autres jeunes, comme lui. Il restait là timidement avec son carton sous le bras, lorsque Guillaume, le statuaire, qui était professeur à l'Ecole, vint à passer et voyant ce petit bonhomme, qui semblait tout embarrassé : « Mais, lui dit-il, — qu'est-ce que vous venez faire ici ? Où allez-vous donc, gamin? » Il paraissait si jeunet, parmi les autres ! Enfin, on entra dans les salles, et le sujet fut donné. A partir de ce moment, Deturck ne s'occupa plus de ceux qui étaient autour de lui, et ne songea plus qu'à son travail. Il campa sa figure et les examinateurs arrivèrent. Il était tout tremblant, et ça se voyait. « Mais ne tremblez donc pas ainsi ! » fit l'un d'eux. Enfin, ce fut le petit Deturck qui obtint le plus de points. Il avait enlevé, avec félicitations, son diplôme." p.102

S'il obtient son diplôme haut la main, très vite, l'obligation du service militaire vient contrarier l'ambition de l'artiste. Ainsi, en 1883, Julien Deturck est-il d'abord incorporé au 51e régiment d'infanterie à Beauvais avant de rejoindre trois ans plus tard, le 129e régiment de Paris. Cette nouvelle affectation lui offre l'avantage de pouvoir continuer à suivre les cours distillés a l'Ecole des beaux-arts.

Julien DETURCK, La grand place de Bailleul, 1895, sanguine et pierre noire avec réhauts de craie blanche sur papier, Musée Benoît De Puydt.

Julien DETURCK, La grand place de Bailleul, 1895, sanguine et pierre noire avec réhauts de craie blanche sur papier, Musée Benoît De Puydt.

  • Installation à Paris : une ascension fulgurante. 

En 1887, Julien Deturck décide de passer le concours d'admission de l'Ecole dont il sort douzième sur près de trois cents candidats. Il rejoint alors l'atelier de Cabanel où il s'affirme comme l'un de ses élèves les plus brillants. Emile Langlande rapporte que le peintre Bouguereau se serait écrié en voyant l'un de ses travaux : "Cet élève porte bien son nom ; il est aussi fort que deux Turcs en dessin!" p.103

Cabanel, conscient des qualités de son élève, lui confie un jour : « Je vois en vous un dessinateur hors ligne ; je vous conseillerais de faire de la gravure ». Julien Deturck choisit de suivre le conseil de son premier maître et intègre la classe d'Henriquel-Dupont, dont le graveur Levasseur est le suppléant. C'est dans cette classe qu'en 1888 il monte en loge, et obtient le second Grand Prix de Rome, pour la gravure en taille douce. Une fois sorti de l'Ecole des beaux-arts, Julien Deturck continue à pratiquer la gravure mais s'adonne également à l'art du pastel. En effet, il réalise de nombreux portraits à l'instar de celui conservé au musée de Bailleul et représentant une jeune fille. 

Quant à ses travaux de gravures, ils rencontrent eux aussi un succès grandissant dès 1894. Cette année là, il expose le burin d'une Tanagra, découverte à Athènes par l'architecte Titeux, donnée depuis au Musée du Louvre par le sculpteur Cavelier ; qui lui vaut une mention honorable. 

Quelques années plus tard, il entreprend de graver le Rêve d'Eros, d'après le tableau de Machard. Cette oeuvre connaît un grand succès au Salon, au point de faire s'écrier son professeur Levasseur : « Vous aviez raison ; c'est de l'émotion.» p.105 Notons au passage qu'une médaille de troisième classe au Salon de 1899, puis une Médaille d'argent à l'Exposition Universelle de 1900 ont justement récompensé cette oeuvre.

Emile Langlande rapporte également que quelques temps après ses premières expositions au Salon, Julien Deturck a fait l'acquisition d'une table à graver ayant appartenu à son maître, Henriquel-Dupont, par l'intermédiaire de Levasseur. "L'artiste se présenta pour acheter [la table à graver]. « Non, non, —fit Levasseur, — je ne vous la vends pas, je vous la donne, à la condition que vous ferez un chef-d'œuvre ».Julien Deturck s’exécuta et un magnifique burin représentant La Liseuse, d'après le tableau de Jules Lefebvre, sortit de ses mains. Il la connaissait bien cette Liseuse, de Jules Lefebvre, pour l'avoir maintes fois admirée au Musée de Lille." p.106 

Fait remarquable, c'est en 1900 que Julien Deturck fonde la Société septentrionale de gravure, dans le but de vulgariser, par la gravure, les beautés artistiques des musées et collections, ainsi que les œuvres les plus remarquables des artistes contemporains des trois départements du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme. Après cette date, l'artiste continue d'exposer au Salon où il obtient notamment une médaille de deuxième classe en 1901 pour sa reproduction gravée du Jeune frère, de Bouguereau. Julien Deturck collabore également à la Revue de l'Art ancien et moderne, ainsi qu'à l'Histoire du costume antique (1922) de Léon Heuzey.

Les années 1920 marquent l'apogée de la carrière de l'artiste puisqu'il est successivement nommé en 1924, membre du jury pour le concours de Rome auprès de l'Académie des beaux-arts, puis récompensé en 1926 du Prix Ary Scheffer, décerné par l'Institut. Cette distinction récompense sa gravure au burin représentant la Nymphe enlevée par un Faune de Cabanel conservée au Palais des beaux-arts de Lille.

A la fin de sa vie, Julien Deturck partage son temps entre son atelier situé rue Saint-Marc à Paris et une propriété qu'il possède dans le Périgord à Belvès, et où il part se reposer durant l’été. C'est dans cette propriété même qu'il décède le 18 décembre 1941, à l'âge de 80 ans. 

Julien DETURCK, Portrait d'une jeune fille, non daté, pastel, Musée Benoît De Puydt.

Julien DETURCK, Portrait d'une jeune fille, non daté, pastel, Musée Benoît De Puydt.

  • Le tombeau de Julien Deturck

Le corps de Julien Deturck repose au cimetière de Bailleul sous un monument qu'il convient de ranger dans la catégorie des "tombes parlantes". En effet, si la forme de la construction apparaît assez banale, les éléments de bronze qui ornent la stèle évoquent la carrière artistique de l'illustre défunt. Nous pouvons ainsi y reconnaître une palette de peintre ainsi que des pinceaux placés sur une palme légèrement courbée.  

Ajoutons enfin qu'il s'agit d'une sépulture familiale puisque différents membres de la famille Deturck sont inhumés sous le monument décrit ci-dessus, à commencer par Henri Deturck, le frère aîné de Julien Deturck. 

 

Références : 

LANGLADE Emile, Artistes de mon temps, tome II, Arras, Editions INSAP, 1933.

- Archives départementales du Nord

- Archives de la Légion d'Honneur

- Archives de l'Ecole des beaux-arts de Paris

- Documentation du Musée d'Orsay

Tombeau de la famille Deturck, vue générale et détail (Photographie : Arnaud SCHOONHEERE, le 6 septembre 2017).
Tombeau de la famille Deturck, vue générale et détail (Photographie : Arnaud SCHOONHEERE, le 6 septembre 2017).

Tombeau de la famille Deturck, vue générale et détail (Photographie : Arnaud SCHOONHEERE, le 6 septembre 2017).

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joelle sénéchal 20/10/2017 11:43

Tout à fait d'accord avec Daniel. Beaucoup de précisions. Jules Alphonse Deturck a porté bien haut les couleurs de sa ville. un tout petit manque, cet artiste a aussi portraituré des bourgeois bailleulois au début de sa carrière.

daniel braems 20/10/2017 10:47

article très bien commenté et documenté,bravo pour le travail fourni

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