Le bas-relief illustrant La condamnation à mort du Christ fut exposé au cours de l'exposition "L'art funéraire : un patrimoine méconnu". Aussi, il semblait nécessaire de lui dédier un article sur ce blog.
Ce bas-relief en plâtre de grandes dimensions, fut secouru par l’un de nos membres M. Jérôme Steenkiste, en mars 2001, pour être mis en dépôt au sein du musée communal. L'oeuvre aurait été, semble-t-il, récupérée au cimetière quelques années auparavant.
- Le bas-relief : description
Le bas-relief conservé au musée Benoit De Puydt est répertorié sous le numéro d’inventaire D 2000.23.1. Réalisé en plâtre, matériau fragile, le bas-relief a subi les affres du temps. Ainsi le plâtre apparaît légèrement effrité, laissant deviner une armature métallique. Ces premières observations laissent supposer que le bas-relief devait à l’origine être placé à l’abri des intempéries, dans un édifice tel qu’une chapelle. De même, ses dimensions importantes viennent corroborer cette hypothèse.
Reste à explorer l’iconographie du bas-relief. La scène représentée n’est autre que La condamnation à mort du Christ. En effet, on devine aisément que le personnage placé debout au centre, n’est autre que le Christ. A droite, assis et placé sous un dais, c’est le Romain Pilate qui se lave les mains dans une bassine. Cet épisode est rapporté dans l’évangile de Matthieu : Pilate prit de l’eau, se lava les mains en présence de la foule et dit : « Je suis innocent du sang de ce juste. C’est vous que cela regarde ». [Matt ; 27 ; 24]
La scène se déroule en intérieur. A l’arrière-plan, on note la présence de pilastres ainsi que des fenêtres. Le rendu de l’ensemble de l’œuvre est convaincant et d’assez bonne qualité.
La scène de La condamnation à mort du Christ est relatée dans les évangiles : [Matt ; 27] ; [Mc ; 15] ; [Lc ; 23] et [Jn ; 19] et amorce les épisodes relatifs à la Passion du Christ et du Chemin de Croix. En effet, rappelons que la première station du Chemin de Croix est habituellement intitulée « Jésus est condamné à mort ». Aussi, nous pouvons supposer que le bas-relief ait pu constituer le premier élément sériel d’un groupe de quatorze bas-reliefs, jadis placés dans les chapelles –stations du cimetière.
- Le bas-relief devait donc se trouver dans la première chapelle-station ?
On pourrait croire que ce bas-relief devait alors être placé contre le mur du fond, au-dessus de l’autel de la première chapelle-station du cimetière (numérotation ancienne) dédiée à la famille Cortyl. Il n’en n’est rien. Le mur du fond, encore en bon état ne présente aucun relief, aucun trou qui laisserait supposer la présence d’un bas-relief à cet endroit de par le passé. Aussi, devons-nous nous tourner vers la chapelle Van Merris (première station suivant la nouvelle numérotation). Cette dernière, aujourd’hui en ruines ne permet pas de prouver l’existence d’anciens supports pour le bas-relief. Néanmoins, cette chapelle est l’une des plus anciennes, et n’a pas subi de dégâts lors de la Première Guerre mondiale. On est donc en droit de penser qu’elle ait pu abriter et protéger ce bas-relief durant le conflit et les années qui ont suivies jusqu’à sa dépose par M. Steenkiste.
- Mais pourquoi alors aucun autre bas-relief n’a été retrouvé ?
- 1ère hypothèse
La guerre et les destructions engendrées par les bombardements ont entrainé la perte de plusieurs chapelles du XIXe siècle dans lesquelles devaient se trouver ces bas-reliefs. Les vols, devenus monnaie courante dans nos champs de repos durant les années 70, pourraient avoir fait disparaître la plupart des bas-reliefs restants. Ces événements expliqueraient pourquoi aucun autre bas-relief n’ait été retrouvé. Seul rescapé, celui de la première station.
- 2nde hypothèse
Peut-être y avait-il à l’origine la volonté d’agrémenter chaque chapelle d’un bas-relief illustrant la scène de la Passion propre à chaque station. Aussi, cet accessoire sans doute trop coûteux n’aurait pas connu de suite après l’érection de la première chapelle-station.
- Pourquoi ne pas avoir remplacé les bas-reliefs manquants ?
Si l’on prend la première hypothèse pour vraie, alors il faut d’abord prendre en compte le contexte de l’époque. La Première Guerre mondiale a laissé derrière elle un pays ruiné, dont la première préoccupation était la reconstruction des habitations détruites et des établissements publics. Aussi, le remplacement des bas-reliefs du Chemin de Croix n’a pas du apparaître comme étant une priorité.
Si l’on considère plutôt la seconde hypothèse, là il faut prendre en compte l’évolution de la liturgie. Si au XIXe siècle, époque présumée de la création des bas-reliefs du Chemin de Croix, la nécessité de mettre des images à chaque station s’était imposée, il n’en est pas de même au début des années 1920. En effet, dans le Missel Vespéral Romain de Dom Gaspar Lefèbvre édité en 1923, l’auteur précise que dans l’exercice du chemin de Croix si « les 14 images des différents Mystères sont très utiles, [...] elles ne sont point nécessaires. Des Croix en bois marquant les 14 Stations suffisent, mais sont absolument exigées ». p.1141
Or, au cimetière de Bailleul, il est intéressant de constater qu’aujourd’hui encore dans la plupart des chapelles-stations, des petites croix de bois marquées du chiffre de la Station sont accrochées sur le mur du fond, au-dessus du petit autel.