- Le tourisme au cimetière de Bailleul
Force est de constater que le cimetière de Bailleul suscite un regain d’intérêt de la part des touristes de passage dans notre vieille cité flamande. Face à cette situation, l’on est en droit de se demander : A quand remontent les premières formes de tourisme funéraire ?
Pour y répondre, il semble nécessaire de consulter les publications scientifiques liées au sujet. Ainsi, examinons de plus près les publications de Madeleine Lassère auteur d'un article intitulé Le XIXe siècle et la naissance du tourisme funéraire et publié en 1997 dans la Revue d'histoire moderne et contemporaine. Somme toute, comme l’a subtilement démontré Madeleine Lassère, le XIXe siècle voit naître une première forme de tourisme funéraire, liée à la création des premiers cimetières romantiques boisés à l’extérieur des villes. Si le Père Lachaise demeure le plus bel exemple de ces nécropoles romantiques, le petit cimetière de Bailleul (ou Kerk Hof) n’est pas en reste et fait la part belle à la nature. Ainsi, dès les années 1840, par décision du maire de l’époque, M. Louis Behaghel, l’aménagement du cimetière de Bailleul est confié à un architecte local M. Desjardin. Malheureusement, ce dernier décède avant l'achèvement des travaux. L'ouvrage est alors confié au tout jeune architecte lillois Auguste Mourcou, auteur -entre autres- du Palais Rameau de Lille. L’architecte imagine le tracé des allées, décide de l’emplacement du calvaire, des chapelles-stations ainsi que des plantations. Malgré les tumultes de deux guerres mondiales, cet aménagement lui survit. Ernest Lotthé, en donne une très belle description dans son ouvrage Feux verts sur les routes de Flandre, publié en 1958.
Aucun cimetière, sans excepter ceux d’Italie, ne m’a jamais paru aussi beau que celui de Bailleul. Nos pères avaient un art de disposer les choses naturellement et de créer une poésie en des lieux qui ne sembleraient voués qu’à la tristesse et aux pleurs [...]
[...] Dès la grille franchie, le haut calvaire encadré de peupliers apparaît au bout d’une allée de tilleuls taillés en espaliers. Aux pieds du Christ, sur une levée de terre, trois pierres sont légèrement inclinées, dont les noms se deviennent à peine sous la patine verdâtre. Là, reposent les anciens pasteurs des deux paroisses au milieu de leurs ouailles. Cette allée centrale est la seule qui soit rectiligne, les autres, étroites et sinueuses, bordées de buis, se croisent comme dans les jardins privés. Peu de tombes prétentieuses : des colonnes brisées, des stèles, des plaques couchées à même le sol. Partout des arbustes, des tuyas en pyramides, des saules attristés aux branches jaunies. Car c’est surtout en novembre que nous visitons ce jardin des morts. Les chrysanthèmes largement épanouis nous apportent le dernier sourire des fleurs ; sur le sol les feuilles d’automne forment un tapis mouvant et doré. Elles voltigent aussi dans l’air, nous entourent, tournoient sur les tombes qui appellent de notre part la prière.
- Ernest Lotthé (1886-1962)
Ernest Lotthé était secrétaire particulier du cardinal Achille Liénart et directeur du grand sémianire de Lille. Il est également l'auteur de plusieurs ouvrages historiques ayant trait à la Flandre et aux Pays-Bas tel que Les églises de la Flandre française (1940-1942).
Dans Feux verts sur les routes de Flandre, l'auteur endosse le rôle de touriste à la découverte des monts de Flandre et ne manque pas de se laisser aller à la déambulation au sein de la nécropole romantique de Bailleul. A son décès, Ernest Lotthé est inhumé au cimetière de Bailleul dans le caveau familial. Ce dernier est orné d'un grand bas-relief en pierre, sculpté par l'atelier de Camille Debert (1866-1935). Aussi, nous nous intéresserons de plus près à cet artiste dans un prochain article...
Références :
- LOTTHE Ernest, Feux verts sur les routes de Flandre, Ed. Silic, Lille, 1958, p.31-32.
- LASSERE Madeleine, « Le XIXe siècle et la naissance du tourisme funéraire », Revue d’histoire moderne et contemporaine, Ed. Belin, Paris, 1997, p.600-616.
- Page auteur dédiée à Ernest Lotthé sur le site de la BnF : bnf.fr